Déclaration conjointe en réponse aux perturbations d’Internet en Guinée

Déclaration conjointe en réponse aux perturbations d’Internet en Guinée

3 Novembre 2020

[See English translation after this text in French…]

Nous, les organisations soussignées, sommes préoccupées par les perturbations d’Internet en Guinée. En effet, le 24 octobre 2020, les réseaux de télécommunications en Guinée ont subi de graves perturbations. Selon l’observatoire d’Internet NetBlocks, «des perturbations sont observées au niveau national dans le service internet en Guinée depuis 7h30 (GMT) le (23 octobre 2020 ndlr), y compris sur Orange, premier réseau de téléphonie mobile du pays. Cet incident semble conforme aux restrictions imposées par le passé et assignées aux organes de contrôle de l’État lors des élections.” a rapporté Netblocks. Aussi, les perturbations mentionnées concernent l’internet et les appels internationaux en général.

Le 24 Octobre 2020, l’opérateur Orange a envoyé un message à ses abonnés sur la situation en s’excusant. Dans un communiqué de presse daté du 25 Octobre 2020, l’opérateur Orange a ensuite informé ses abonnés qu’il a enregistré une coupure d’internet. Nous nous rendons compte que ce n’est pas la première fois que la Guinée enregistre des perturbations d’Internet en 2020. Le 19 Mars 2020, Orange, MTN et Cellcom Guinée  ont averti leurs utilisateurs qu’un arrêt d’internet se produirait à une durée déterminée les 21 et 22 Mars 2020 pour une intervention de maintenance d’Orange Marine, une filiale de l’opérateur télécoms Orange. Cette annonce de la fermeture d’Internet et des travaux intervenait lors du référendum dans le pays, et était manifestement nuisible pour l’accès Internet des abonnés. 

Internet est essentiel pour la protection des droits de l’homme. Il fournit une plate-forme pour accéder à l’information, permet de jouir de la liberté d’expression, de réunion et d’association, entre autres droits. De plus, pendant la période de la pandémie du COVID-19, Internet a permis de faire l’expérience de l’éducation, des affaires et des loisirs; un rappel clair de l’importance de la liberté sur Internet. Nous appelons le gouvernement guinéen et les fournisseurs de services Internet à respecter les droits des citoyens d’accéder à Internet. Les interruptions d’Internet sont inutiles lorsqu’il n’y a pas de cause légitime. 

Nous sommes également préoccupés par la perturbation d’Internet qui s’est produite dans le contexte d’une élection présidentielle. Certaines des conséquences négatives sont une violation de la liberté d’expression, l’accès à l’information, les droits démocratiques et l’interruption des activités commerciales avec des répercussions financières en dehors du champ d’application des instruments régionaux et internationaux auxquels la Guinée est partie prenante. 

Nous rappelons au gouvernement de Guinée ses obligations en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de respecter la liberté d’expression et l’accès à l’information. En outre, le Principe 38 (2) de la Déclaration de principes sur la liberté d’expression et l’accès à l’information en Afrique indique clairement que les États ne s’engagent ni ne tolèrent aucune interruption de l’accès à Internet et aux autres technologies numériques pour des segments du public ou une population entière. 

Nous interpellons le gouvernement guinéen sur les principes (2) de la Déclaration africaine sur les droits et libertés d’Internet qui stipule que l’accès à Internet doit être disponible et abordable pour toutes les personnes en Afrique sans discrimination pour quelque motif que ce soit comme la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l’opinion politique ou autre, l’origine nationale ou sociale, la propriété, la naissance ou tout autre statut. La perturbation d’Internet a un impact important sur les groupes vulnérables tels que les femmes et les personnes handicapées (PH). Aussi, les effets de la fermeture d’Internet peuvent avoir des effets négatifs de grande portée sur la manière dont les femmes utilisent Internet par rapport aux hommes, l’accès des femmes aux programmes de développement, et sapent encore davantage le rôle des femmes dans la contribution au développement national.

Nous appelons le gouvernement guinéen à mener les actions suivantes:

  • Restaurer entièrement la connexion Internet, les accès aux plateformes de médias sociaux et d’assurer le respect des libertés fondamentales conformément aux meilleures pratiques. 
  • S’engager pour la stabilité de la connexion Internet sur tout le territoire national pendant et après le processus électoral afin qu’internet soit d’utiliser comme instrument de promotion de la démocratie en Guinée.

Signé:

  1. Centre de soutien juridique (Gambie)
  2. Give1Project Gambia 
  3. Paradigm Initiative (PIN)
  4. Women of Uganda Network (WOUGNET)
  5. Institut des TIC pour le développement (INTIC4DEV) Togo-Bénin-Sénégal
  6. BudgIT Foundation, Nigéria

Joint Statement In Response to the Internet Disruptions in Guinea

3 November 2020

We, the undersigned organisations are concerned about internet disruptions in Guinea. On October 24, 2020, telecommunications networks in Guinea experienced severe disruption. According to the internet observatory NetBlocks, “disruptions are observed at the national level in the internet service in Guinea since 7:30 am (GMT) on (October 23, 2020 editor’s note), including on Orange, the country’s leading mobile telephone network. This incident appears to be consistent with restrictions imposed in the past and assigned to state oversight bodies during elections.” As reported by Netblocks, the disturbances mentioned concern the internet and international calls in general.

On October 24, 2020, the operator Orange sent a message to its subscribers on the internet situation advising they were investigating the matter. In a press release dated on October 25, 2020, the operator then informed its subscribers that it was experiencing a shutdown. We realise that this was not the first time that Guinea was experiencing internet disruptions in 2020. On March 19, 2020, Orange, MTN and Cellcom Guinea  warned their users that an internet shutdown would occur at designated times on March 21 and 22, 2020 for a maintenance intervention by Orange Marine, the subsidiary of the telecoms operator Orange. This announcement of the closure of the internet and work occurring during the referendum was clearly untimely and detrimental to internet access of subscribers. 

The internet is critical for the protection of human rights. It provides a platform for accessing information, enjoyment of freedom of expression, assembly and association among other rights. Moreso, now during the COVID-19 pandemic, the internet has enabled education, business and leisure to be experienced, a clear reminder of the importance of internet freedom. We call on the government of Guinea and internet service providers to respect the rights of its citizenry to access the internet. Internet disruptions are unnecessary  where there is no legitimate cause.  We are further concerned by the internet disruption which occurred against the backdrop of a presidential election. Some of the  adverse consequences are a violation of freedom of expression, access to information, democratic rights and the interruption of business activities with financial repercussions outside the scope of the regional and international instruments to which Guinea is a party to. 

We remind the government of Guinea of its obligations under the International Covenant on Civil and Political Rights and the African Charter on Human and Peoples’ Rights to uphold freedom of expression and access to information. Furthermore, Principle 38 (2) of the Declaration of Principles on Freedom of Expression and Access to Information in Africa clearly points out that  States shall not engage in or condone any disruption of access to the internet and other digital technologies for segments of the public or an entire population. 

We refer the government of Guinea to principles (2) of the African Declaration on Internet Rights and Freedoms which states that access to the Internet should be available and affordable to all persons in Africa without discrimination on any ground such as race, colour, sex, language, religion, political or other opinion, national or social origin, property, birth or other status.  Internet disruption highly impacts vulnerable groups such as women and persons with disabilities (PWDs). The effects of internet shutdown may have far-reaching negative effects on how women use the internet compared to men, women’s access to developmental programs, and further undermines the role of women in contributing to national development.

We call on  the government of Guinea to immediately do the following;

  • Fully restore internet connection and access to social media platforms and ensure respect for fundamental freedoms in accordance  with best practices. 
  • Commit to the stability of the internet connection throughout the national territory during and after the electoral process in order to use the Internet as an instrument for promoting democracy in Guinea.

Signed:

  1. Centre for Legal Support (Gambia)
  2. Give1Project Gambia 
  3. Paradigm Initiative (PIN)
  4. Women of Uganda Network (WOUGNET)
  5. Institut des TIC pour le développement (INTIC4DEV) Togo-Bénin-Sénégal
  6. BudgIT Foundation, Nigeria
en_USEnglish
fr_FRFrench en_USEnglish